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Publié le par rennespaix

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francine 06/04/2013 10:35

«L’Irak et la trahison d’un peuple – l’impunité à tout jamais?»
par Hans-Christof von Sponeck*

L’histoire récente de l’Irak comprend deux événements de longue portée. L’invasion du Kuweit par l’Irak le 2 août 1990 et l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne le 19 mars
2003. On peut au mieux se demander si les leaders politiques tireront les leçons de ces deux événements. Les Irakiens continuent à subir des préjudices. Le danger mortel et les insurrections font
cruellement partie de la réalité irakienne en ce début d’année 2013. A vue d’œil, la souffrance collective d’une nation pénètre tout. On ne peut l’occulter.
La vie irakienne se compose d’un nombre infini de tragédies:
Depuis l’invasion américano-britannique de 2003, les tensions ethniques et les conflits entre groupes religieux occupent la part principale de la politique irakienne – une polarisation des
relations entre les groupes que les Irakiens ne connaissaient pas auparavant. Cela explique la majeure partie de la criminalité cachée, y compris les assassinats, les enlèvements, les destructions
de propriétés et, avant tout, la péjoration des relations entre Bagdad et les trois gouvernorats kurdes dans le Nord.
Depuis les années de guerre, de sanctions et d’occupation, le système de santé – autrefois le plus avancé sur le plan technique – s’est presque effondré. La malnutrition et des maladies telles que
les affections des voies respiratoires, la rougeole, le typhus et la tuberculose qui étaient presque oubliées en Irak font à nouveau leur apparition à grande échelle. La destruction systématique de
l’approvisionnement en eau et des installations sanitaires, surtout durant la guerre de 1991, et la pénurie répétitive de médicaments pendant les sanctions et après l’invasion de 2003 a nettement
accru le nombre de maladies et le taux de mortalité dans le pays.
«D’abord ils ont détruit notre économie et maintenant ils essayent de tuer notre âme»

L’uranium appauvri (UA), la munition radioactive antichar et le phosphore blanc qui ont été utilisés par les militaires américains en 1991 et 2003 ont créé de sérieux dangers pour la santé et
l’environnement. Au début 2000, le gouvernement américain a essayé d’empêcher l’OMS d’examiner des régions du sud de l’Irak où de l’UA (uranium appauvri) avait été utilisé. Il a aussi récusé toute
relation de cause à effet pour l’augmentation des cancers des poumons, la leucémie et les malformations congénitales. Par chance, des démarches nationales et internationales n’ont pas renoncé à
récolter des preuves matérielles pour démontrer l’importance de cette contamination provoquée par la guerre.
En 2009, une analyse gouvernementale irakienne de l’état psychique aboutit au résultat que les expulsions de masse, un climat de peur, la torture, la mort et la violence ont contribué au taux élevé
de maladies psychiques dans le pays. Elle reflète ce qu’un vieil homme de Mossoul a observé: «D’abord ils ont détruit notre économie et maintenant ils essayent de tuer notre âme».
Il paraît que l’Irak possède les troisièmes plus grandes réserves pétrolières au monde. Malgré cela, ses exportations courantes demeurent au-dessous de la moyenne des exportations de 2,2 millions
de barils par jour que l’Irak parvenait à commercialiser durant les sanctions. Parmi les raisons figurent le sabotage d’oléoducs, la corruption, l’incapacité de réparer les installations
pétrolières après l’invasion et la résistance irakienne à remettre en mains étrangères l’exploration pétrolière (Production Sharing Agreements, PSAs).1
C’est un pays de richesses pétrolières immenses – et malgré ça 22,9% des environ 33 millions d’Irakiens vivent dans la pauvreté et bien d’autres sont obligés de vivre à la limite de la pauvreté. Le
revenu national brut par tête (2011) est passé selon des informations de la Banque mondiale à seulement 2640 dollars. Transparency International estime la corruption du secteur public comme une des
plus élevées au monde – elle occupe le 169e rang sur 176 pays (2012).
Rahim Hassan al-Uqailee, le chef de la Commission irakienne de l’honnêteté, a écrit dans une lettre ouverte adressée au Parlement irakien (2011): «Le combat pour voler l’argent et la propriété de
l’Etat fait partie de la lutte pour le pouvoir dans l’Irak actuel dont personne ne parle.»
Malgré le fossé épouvantable entre riches et pauvres, les autorités irakiennes ont signé en 2011 un accord avec le gouvernement américain pour l’achat de 18 avions de combat F-16 au prix de 3
milliards de dollars! A ce moment, presque un quart de la population irakienne vivaient dans la pauvreté et le taux de chômage dépassait 28%, selon des informations des Nations Unies.
Au Proche-Orient il y a un dicton: «Les Egyptiens écrivent, les Libanais impriment et les Irakiens lisent.» Avant l’invasion du Kuweit en août 1990, l’Irak faisait partie des pays au plus haut taux
d’alphabétisation du Moyen-Orient.
Les sanctions ont changé cela.
Cinq millions d’enfants en âge de scolarité ne vont pas à l’école

Une enquête de la Banque mondiale et du gouvernement irakien de 2007 a montré que «presque 23% des Irakiens sont analphabètes», cinq millions d’enfants en âge de scolarité ne fréquentent aucune
école et l’inégalité des sexes dans le domaine de la formation a augmenté massivement. Depuis 2003, de nouveaux développements graves sont apparus dans le domaine de l’éducation: un élément
sectaire a fait son entrée dans le système scolaire, qui influence la plupart des étudiants sunnites et chiites. Ce qui est extrêmement inquiétant, c’est ce qu’a publié l’Université de Gant et le
«Tribunal Brussels» en 2011 qui constate: «La communauté des intellectuels et des techniciens de l’Irak sont exposés à une campagne systématique d’intimidations, de déportations, de chantages,
d’assassinats sans discernement et de meurtres ciblés». Les conditions de vie en Irak «rappellent un ‹meurtre culturel› ou un génocide des segments cultivés de la société irakienne».
Récemment, la population irakienne a été confrontée à des dangers graves et mortels:
Selon les Nations Unies, «[…] depuis l’invasion dirigée par les Etats-Unis en 2003, l’Irak est devenu la région de transit des livraisons de haschisch et d’héroïne provenant d’Iran et
d’Afghanistan.» Le ministère de la santé irakien confirme que «le taux de dépendance indigène augmente régulièrement», alors qu’auparavant, la consommation de drogues n’était pas un problème en
Irak.
4, 5 millions d’enfants ont perdu leurs parents – un pourcentage exorbitant de 14% sont des orphelins

Durant les treize ans qu’ont duré les sanctions et même après, il était difficile de trouver du matériel de construction pour bâtir des maisons supplémentaires. La conséquence en a été une
augmentation d’habitations surpeuplées, ce qui a favorisé la violence domestique dont les femmes étaient souvent les victimes. Un compte-rendu de l’ONU estime qu’»en Irak, une femme sur cinq
souffre de violence domestique».
Les guerres et la violence ont profondément modifié le profil de la société irakienne.
Le ministère du Travail et des Affaires sociales constate en 2011 qu’environ 4,5 millions d’enfants ont perdu leurs parents – un pourcentage exorbitant, 14% de la population irakienne, sont
orphelins! 70% de ces enfants sont devenus orphelins depuis l’invasion de 2003. On nous a dit qu’environ 600 000 parmi eux vivent dans la rue et quelques-uns dans les 18 orphelinats existants dans
le pays. Il faut rappeler que traditionnellement, il n’y avait pas de besoin d’orphelinats en Irak. La famille au sens large se chargeait des enfants qui avaient perdu leurs parents.
La dictature, les guerres, les sanctions et la criminalité ont changé cela.
En Irak, il y a approximativement un million de ménages qui sont à la charge de femmes. La plupart sont des veuves, victimes des conflits armés et de la violence entre les groupes religieux ennemis
(CICR, 2010).
Abstraction faite des dommages physiques, spirituels, économiques et sociaux extrêmes, les Irakiens se voyaient aussi confrontés, durant les années des sanctions, à l’amère réalité des mesures
pénales dues aux restrictions financières. De 1990 à 1996, l’année où le programme pétrole contre nourriture (Oil-for-Food Programme, OFFP) est entré en vigueur, tous les comptes à l’étranger ont
été gelés et le pétrole ne pouvait plus être vendu à l’étranger. La population irakienne était presque totalement dépendante de la maigre aide extérieure – dont le volume était très éloigné de ce
qui rend possible une survie digne de ce nom.
L’OFFP (1996–2003), une organisation exonérée, soi-disant «humanitaire», était en fait totalement financée par les rentrées pétrolières de l’Irak, limitées par les sanctions et n’était pas beaucoup
plus qu’un programme d’assistance doté de moyens insuffisants. Sur le total des rentrées de 64 milliards de dollars, on a viré environ 19 milliards à la Commission de compensation des Nations Unies
(UNCC) à Genève. A cette époque le taux de mortalité infantile en Irak se chiffrait à 130 sur 100 000 cas et était de ce fait un des plus élevés au monde. Le virement en question devait indemniser
des personnes individuelles, des entreprises et des gouvernements, surtout celui du Kuweit, pour des demandes qui résultaient de l’invasion du Kuweit. S’il y avait eu au Conseil de sécurité de